Acheter un bien, le revendre plus cher après quelques travaux ou un simple découpage : c’est le métier du marchand de biens. Mais derrière cette mécanique en apparence simple se cache un point fiscal qui peut faire basculer la rentabilité d’une opération entière, la TVA. Selon le régime applicable, la taxe se calcule sur la totalité du prix de vente ou seulement sur la marge réalisée. La différence, sur une opération de plusieurs centaines de milliers d’euros, se chiffre vite en dizaines de milliers.
En bref
- Le marchand de biens est assujetti à la TVA au sens de l’article 256 A du Code général des impôts (CGI).
- Deux régimes coexistent : la TVA sur le prix total (règle par défaut) et la TVA sur marge (régime dérogatoire, article 268 du CGI).
- Le régime de la marge suppose que l’achat n’a pas ouvert droit à déduction de TVA, et que le bien revendu a la même qualification juridique que le bien acheté.
- À partir du 1er septembre 2026, les règles de TVA immobilière sont recodifiées dans le nouveau Code des impositions sur les biens et services (CIBS).
- Une acquisition mal documentée peut faire perdre le bénéfice du régime de la marge et alourdir fortement la facture fiscale.

Pourquoi le marchand de biens paie de la TVA, contrairement au particulier
Un particulier qui revend sa résidence principale ne collecte pas de TVA sur la vente. Le marchand de biens, lui, exerce une activité professionnelle d’achat-revente au sens de l’article 256 A du CGI : il est donc assujetti à la TVA sur ses opérations immobilières, régies par les articles 257 à 268 du même code. C’est ce statut professionnel qui change toute la mécanique fiscale de l’opération, y compris sur des biens que le grand public associe spontanément à un régime de particulier.
TVA sur le prix total, la règle par défaut
Sauf exception, la TVA immobilière se calcule sur l’intégralité du prix de vente. C’est la règle générale posée par les articles 266 et 267 du CGI. Concrètement, si un marchand de biens revend un bien 300 000 euros, la TVA (au taux de 20 % en principe) porte sur ce montant total, indépendamment du prix d’achat initial ou des travaux réalisés. Ce mode de calcul s’applique notamment quand le bien acheté était lui-même grevé de TVA déductible lors de l’acquisition.
La TVA sur marge, un régime dérogatoire sous conditions strictes
L’article 268 du CGI permet, sous deux conditions cumulatives précises, de réduire la base taxable à la seule marge réalisée par le marchand de biens. Première condition : l’acquisition initiale n’a pas ouvert droit à déduction de TVA, typiquement un achat auprès d’un particulier, dans le cadre d’une succession ou d’une donation. Deuxième condition, souvent moins connue mais tout aussi décisive : il doit exister une identité de qualification juridique entre le bien acheté et le bien revendu. Un terrain agricole acheté puis revendu comme terrain à bâtir après changement de destination, par exemple, peut faire perdre le bénéfice de ce régime, faute d’identité juridique entre les deux biens.
Quand ces conditions sont réunies, la TVA ne porte que sur la différence entre le prix de revente et le prix d’acquisition, ce qui réduit mécaniquement le montant de taxe dû par rapport à une taxation sur le prix total.
Le critère qui décide de tout : le droit à déduction initial
En pratique, presque toute la mécanique repose sur une seule question posée au moment de l’achat : le vendeur initial a-t-il facturé de la TVA déductible au marchand de biens ? Si oui, la TVA sur le prix total s’applique généralement à la revente. Si non, comme lors d’un achat auprès d’un particulier, le régime de la marge devient possible, à condition que la qualification juridique du bien reste identique entre les deux transactions. Ce point mérite d’être vérifié et documenté dès l’acte d’acquisition, car une erreur ou une imprécision sur ce document peut être relevée bien plus tard, lors d’un contrôle fiscal, avec des conséquences financières importantes.
Un cadre en pleine recodification pour 2026
La fiscalité immobilière change de support légal courant 2026. À compter du 1er septembre, les dispositions du CGI relatives à la TVA immobilière, dont les articles 257, 261 et 268 évoqués plus haut, sont recodifiées dans le nouveau Code des impositions sur les biens et services (CIBS). Cette réorganisation s’accompagne de modifications substantielles des règles applicables, notamment sur les conditions d’accès au régime de la marge. Toute opération engagée à cheval sur cette bascule réglementaire mérite une vérification spécifique avant signature. La documentation officielle publiée par l’administration fiscale (Bofip) reste la référence à jour pour suivre ces évolutions.
Structurer l’activité en amont, pas après le premier contrôle
Beaucoup d’opérations de marchand de biens se montent via une société dédiée, ce qui permet de séparer le risque fiscal et financier d’une opération à l’autre. Notre article pour créer une SCI pour investir détaille les étapes d’un montage juridique adapté, même si une SCI classique, transparente fiscalement, n’est pas la structure la plus courante pour une activité de marchand de biens à titre habituel, qui relève plutôt d’une société soumise à l’impôt sur les sociétés. Avant tout achat destiné à la revente rapide, faire vérifier la nature exacte de l’opération par un expert-comptable spécialisé en fiscalité immobilière évite bien des redressements.
Un régime fiscal qui se joue dès l’acte d’achat
Le choix entre TVA sur marge et TVA sur le prix total ne se décide pas au moment de la revente : il se joue dès l’acquisition, selon la façon dont le bien a été acheté et documenté. Un marchand de biens qui néglige cette étape prend le risque de découvrir, parfois des années plus tard lors d’un contrôle, que le régime appliqué n’était pas le bon. Autant sécuriser ce point dès le premier compromis, avant de calculer la rentabilité de l’opération sur un chiffre qui pourrait ne pas tenir.